Copyright © 2003 Hubert Girardeau
Nous voyons en relief parce que chaque oeil voit la même scène sous un angle différent. Cet angle s'appelle la convergence. ( certains disent "loucher" quand on regarde de très près, car l'angle de convergence des axes oculaires est très prononcé ). Mais cette raison, même suffisante, n'est pas la seule: l'accommodation des cristallins ( propriété à mettre l'image nette sur la rétine) joue également un rôle dans la perception du relief. La vision binoculaire met en jeu simultanément la convergence des axes oculaires et l'accommodation des cristallins.
Faites l'expérience suivante: le bras tendu, frappez le plus vite possible une touche de votre clavier. Cela ne vous pose pas de problème. Maintenant fermez un oeil, et recommencez l'expérience. Le geste est imprécis parce que vous avez perdue votre vision binoculaire. Entrainez vous quelques minutes, les progrès sont évidents.
Privé de votre vision binoculaire , vous vous reéduquez en vision monoculaire et la fatigue oculaire se fait vite ressentir.
Les cristallins, en accommodant, envoient des informations au cerveau qui lui permettent d'appréhender approximativement la distance des objets. Au dela de quelques mètres, ils ne savent plus faire.
Il serait erroné de penser que la vision monoculaire entraîne une perte totale de la troisième dimension. Cela l'altère énormément, mais il subsiste cette sensation d'accommodation incessante qui rappelle à l'oeil qu'il est en présence d'une scène 3D et non d'une photographie.
La convergence et l'accommodation travaillent en complémentaire pour évaluer le relief de près.
Pour regarder les anaglyphes l'accommodation va nous handicaper. Elle va nous prouver qu'elle n'est pas totalement dupe des stratagèmes que nous voulons lui faire avaler. Nous verrons cela dans le paragraphe consacré à la visualisation des anaglyphes.

Quant à la perception du relief au loin (au dela de 100 mètres environ, et suivant les personnes), l'accommodation ne permet plus depuis longtemps d'évaluer les distances, la vision binoculaire perçoit en tant que scène 2D une image gauche identique à une image droite. C'est grâce à la compréhension de la perspective et du masquage partiel des objets entre eux que nous INTERPRETONS le relief, plus que nous ne le voyons. Vous souvenez vous à partir de quel âge vous avez compris la position des nuages les uns par rapport aux autres, où était le dessus, où était le dessous? Stéréoscopiquement parlant cela est impossible, il vous a fallu attendre de comprendre la perspective pour y arriver.

Comme nos yeux travaillent en stéréoscopie horizontale (les yeux sont sur le même axe horizontal), nous percevons mieux à moyenne distance la répartition en profondeur des lignes verticales que des lignes horizontales. Grâce à la compréhension de la perspective nous arrivons à compenser cette lacune. Si nous n'avons aucun point de repère pour comprendre la répartition des lignes horizontales, il faut passer en stéréoscopie verticale, en inclinant la tête de 90 degrés sur l'épaule: les yeux se retrouvent ainsi sur le même axe vertical.
- SOMMAIRE - MOTS CLEFS